La Chine développe le libre-échange avec l’Australie, la Corée du Sud et les pays de l’ASEAN

Publié le 18 juin 2015

La Chine et l’Australie ont récemment signé un accord de libre-échange (ALE) portant sur les produits australiens issus de l’agriculture et de la pêche, qui seront progressivement exemptés de droits de douane, tandis que les investissements chinois vers l’Australie seront facilités (excepté dans l’agroalimentaire).

L’Australie, douzième puissance économique mondiale, riche en réserves minières, énergétiques et agricoles, dépend en grande partie du développement économique asiatique, et en particulier de la Chine, son premier partenaire commercial, et premier investisseur étranger dans le pays.

En 2013-2014, l’Australie a exporté pour 90 milliards USD de ressources, énergies et produits industriels vers la Chine. Ses exportations vers son partenaire augmentent à un rythme de 25% par an.

L’accord qui vient d’être signé montre la tendance à l’ouverture de l’Australie vis-à-vis de ses plus proches partenaires asiatiques (Corée du Sud, Japon, Chine).

Cet accord sino-australien suit un autre accord signé le 1er juin à Séoul entre la Chine et la Corée du Sud, accord qui prévoit notamment une baisse des droits de douane sur les échanges de produits entre les deux pays, mais n’inclue pas Hong-Kong, qui dispose de ses propres accords.

Ainsi, la Corée du Sud, quatrième puissance économique d’Asie, supprimera dans les vingt prochaines années les droits de douane sur les produits agricoles importés de Chine, première puissance d’Asie. Au cours de la même période, la Chine éliminera les droits de douane pour les produits industriels (automobile) venant de Corée du Sud. Cet accord de libre échange a fait l’objet d’âpres négociations entre les deux pays, tant sur le délai d’abaissement des droits de douane que sur la quantité réelle de produits ciblés.

La Corée du Sud réalise déjà 25% de ses exportations vers la Chine. Le volume total de leurs échanges se montait à 235,4 milliards USD en 2014. Or cet accord ne recouvre qu’une partie du volume total de leurs échanges. On notera qu’il inclut des produits originaires de la zone industrielle de Kaesong, l’une des trois régions administratives spéciales de la Corée du Nord, située à 50 km au nord-ouest de Séoul. Dans cette zone, cent vingt compagnies sud-coréennes emploieraient près de 53000 nord-coréens.

Certains en Corée du Sud ont critiqué l’accord sino-coréen, notamment son volet agroalimentaire, qui pourrait renforcer les difficultés déjà traversées par les agriculteurs coréens face aux importations chinoises de la pêche et de l’agriculture, en augmentation de 67% entre 2008 et 2013, et face aux concurrents occidentaux. Les spécialistes du Korean Rural Economic Institute craignent que l’ALE Chine-Corée du Sud ne creuse le déficit commercial subi par la Corée du Sud dans le domaine agroalimentaire. La production agricole sud-coréenne risquerait de tomber de 20% d’ici 2020.

La libéralisation des échanges, en partie sous l’impulsion chinoise, s’est étendue ces dernières années à d’autres pays que l’Australie et la Corée du Sud. Plusieurs autres accords de libre-échange sont en chantier, l’un tripartite, incluant le Japon en plus de la Corée du Sud et de la Chine, l’autre incluant les dix pays de l’ASEAN (Association of Southeast Asian Nations) et leurs proches partenaires (Chine, Japon et Corée du Sud), mais aussi l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Inde.

Ce dernier ALE autour des pays de l’ASEAN est bien plus ambitieux car il regrouperait au total 16 pays totalisant plus de 40% du commerce mondial. Il est une extension de la zone de libre échange mise en place en 2009 entre la Chine et les 10 membres de l’ASEAN. Cette zone de libre échange Chine + ASEAN prévoyait déjà la suppression des taxes douanières pour une foule de produits et services représentant 90% des échanges régionaux.

A l’intérieur de la zone de libre échange ASEAN + 6, la monnaie chinoise, le Yuan, jouera probablement un rôle de monnaie de facturation dans les échanges commerciaux. Le Yuan est déjà la cinquième devise la plus utilisée dans les paiements internationaux, et le FMI accepte sa valeur faible qui favorise les exportations chinoises. On peut bien voir que la Chine cherche donc à gagner sur tous les tableaux.

De quoi relativiser l’importance des troubles en mer de Chine. L’accord sino-coréen arrive à point nommé et joue un rôle apaisant au moment où l’Occident s’inquiète des incidents aériens et maritimes fréquents impliquant la Chine et ses voisins. Les prochains ALE renforceront cette tendance à la coopération, avec peut-être des nuances suivant les pays impliqués.

Cette libéralisation des échanges, voulue par la Chine ainsi que d’autres pays, et qui se veut intégratrice et rassurante, est une alternative au chaos international et au manque de confiance entre les pays. Ces ALE construiront-ils peu à peu un espace économique asiatique à plusieurs vitesses ?