La «réconciliation» arméno-turque, un génocide moral en préparation

Ovenk.com

Publié le 15 mai 2015

Une prétendue «réconciliation» arméno-turque, en supposant qu’elle se réalise un jour, serait l’équivalent d’un second génocide, cette fois-ci moral.

L’évoquer continuellement en ce centenaire de 1915 relève d’un plan recherché de renonciation et d’abandon voulu par la «communauté internationale», en particulier l’Allemagne et la Turquie, au détriment de la diaspora et de l’Arménie, c’est-à-dire des principaux concernés que sont les descendants des victimes.

Le «Centenaire» du génocide des Arméniens a servi d’occasion pour le lancement du deuxième plan germano-turc de «plateforme de réconciliation» après l’échec des accords dits de Zurich de 2009.

Les raisons cachées de ce plan sont à rechercher dans la question du Karabagh et la «solution» souhaitée par la «communauté internationale», à savoir l’établissement d’un pseudo compromis. Quel compromis est envisageable entre la reconnaissance pure et simple de l’auto-détermination et la tutelle azerbaïdjanaise ? Est-ce une question de degré ou de nature ? L’auto-détermination ou la tutelle ne connaissent pas les degrés : par nature elles sont antinomiques. L’auto-détermination du Karabagh est un droit inaliénable d’auto-défense en vue d’éviter un autre crime de génocide.

En fait, les déclarations et les votes en faveur de la qualification de génocide sont l’avertissement solennel des Etats concernés*, le point de non-retour ou l’utilisation optimale des cases de l’échiquier ou plutôt une mascarade. Le «cadeau», la compensation, serait la «réconciliation» proposée à l’Arménie et à la diaspora. Comme il n’est pas possible d’envisager un divorce entre Ankara et Bakou, Ankara, d’après ce plan, devra peser de tout son poids pour faire fléchir la position de Bakou dans un sens moins agressif.

En tout cas, la Turquie désire enclencher l’application véritable et de plus en plus irréversible d’une «réconciliation» s’inscrivant dans les faits. Le montant astronomique et cependant symbolique de la réparation pénale découlant du génocide de 1915 ne pourra plus être exigé. Ankara aurait ainsi l’ambition de trouver un compromis avec l’Arménie en lui faisant miroiter une solution au Karabagh. En revanche, la Ville Noire sait qu’elle peut compter sur Moscou pour que le problème du Karabagh ne soit jamais résolu.

La mémoire arménienne serait prise en otage au sein du souk euro-allemand.

Cette «réconciliation» est le prolongement de la consécration de l’impunité voulue depuis 1923 par les Occidentaux.

Le bénéfice de ce consentement inspiré, vraisemblablement, par Berlin est une escroquerie. L’Allemagne souhaiterait appliquer aux victimes du génocide des Arméniens ce qu’elle a entrepris durant la construction européenne avec la France «réconciliée» : une forme de soumission à ses intérêts géopolitiques.

En inversant et en faussant les responsabilités, en introduisant un vocabulaire révisionniste, la «réconciliation» substitue la notion de «conflit» à celle de Crime Absolu et imprescriptible.

Les responsables politiques de Berlin et d’Ankara ont l’air d’oublier qu’un génocide n’est pas un conflit, mais un crime délibéré sans aucune mesure comparable dans l’Histoire humaine.

On a dit que la négation du génocide perpétuait le génocide. Il faudra ajouter que la «réconciliation» arméno-turque constitue un second génocide, cette fois moral, car les Etats en question voudraient que la dette soit effacée au nom d’une mémoire soi-disant «partagée».

* Le groupe des pays ayant parrainé les accords de Zurich.