Les acrobaties politiques de la FRA-Tashnagtsoutioun

Publié le 30 mai 2018

Par Jean-Claude Kebabdjian

Le soulèvement populaire en Arménie a mis à terre deux décennies d'existence d'un système opaque de gestion des fonds publics et des revenus de l'économie nationale, ayant entraîné injustice, pauvreté et misère pour une partie de la population et l'émigration pour une autre partie. La FRA-Tashnagtsoutioun a cautionné ce système inique d'accumulation et de vol de la richesse entre les mains d'une minorité. Elle s'est compromise avec la clique Kotcharyan-Sargsyan et les actes sanglants de leurs gouvernements répressifs.

De même qu'il faut exiger que les médias occidentaux ne soient pas sous la coupe de groupes d'intérêts ou d'agents d'influences liés à la Turquie ou à l’Azerbaïdjan, il faut aussi appeler à une indépendance des médias de la diaspora, qui ne soient ni sous la coupe des pouvoirs publics, ni sous celle d'une coterie usurpatrice du nom de FRA-Tashnagtsoutioun qui s'est compromise avec les régimes corrompus successifs de l'Arménie.

Le réseau Tashnag a effectué durant ces dix dernières années un travail de "Serzhsargsyanisation" des esprits, avec plus ou moins de succès. Nous sommes très loin de ce "magnifique printemps arménien" que découvre soudain Mourad Franck Papazian (voir sa tartuffesque tribune du Monde du 9 mai 2018), ce "bouillonnement démocratique et culturel" auquel s'est virulemment opposé son confrère, le président de la FRA-Tashnagtsoutioun d'Arménie, Armen Rustamyan! La FRA-Tashnagtsoutioun d'Arménie avait d'ailleurs appelé à soutenir officiellement la candidature de Serzh Sargsyan au poste de Premier ministre!

L'illustration de cette imposture, ce sont aussi les couvertures successives consacrées au président. Toutes ces belles phrases, toutes ces compromissions et spéculations n'ont fait qu'apporter de l'eau au moulin de Robert Kotcharyan et de Serzh Sargsyan. Dans le journal des "Nouvelles d'Arménie", par exemple, les opinions timides et ambiguës de son directeur Ara Toranian sur le gouvernement et le parti corrompu HHK d'Arménie, cette complaisance faussement critique, à l'unisson de toutes celles de ses confrères des médias Tashnag, ont visé à accréditer le sentiment que l'oligarchie d'Arménie était un mal nécessaire. Les Tashnag ont mis une chape de plomb sur le détournement d'argent et l'évasion fiscale en muselant leurs relais médiatiques.

En Arménie, la représentation Tashnag a participé politiquement dès 1998, aux côtés du président Robert Kotcharyan, à la répression du mouvement démocratique arménien. Elle a tourné le dos au peuple qu'elle prétendait défendre, en s'associant aux régimes de Robert Kotcharyan et de Serzh Sargsyan. Jusqu'en 2018, elle a couvert leur corruption et masqué les nombreuses failles conduisant à l'affaiblissement de l'Arménie.

La fondation "Aurora Humanitarian Initiative", co-fondée par Ruben Vardanyan, membre du conseil d'administration de la Ameriabank, banque récemment mêlée à une affaire de corruption (Organized Crime and Corruption Project - 31 janvier 2014), pourrait décerner à la FRA Arménie le prix de la violation des droits humains et la remercier ainsi de la lutte qu'elle a menée contre le mouvement démocratique et social d'Arménie...

En diaspora, la mouvance Tashnag a détourné la cause arménienne en la mettant au diapason des exigences politiciennes du moment, de la stratégie électoraliste de tel ou tel dirigeant européen ou américain, faisant perdre plusieurs décennies de lutte à l'ensemble de la diaspora.

Aux Etats-Unis, par exemple, l'ANCA, émanation de la FRA, a accaparé la cause arménienne, cherchant à imposer sa stratégie électoraliste délétère, annonçant chaque année ses souhaits quant à la reconnaissance par les présidents américains du génocide des Arméniens, et cela pendant des décennies. Pendant ce temps, la Turquie et l'Azerbaïdjan ont disséminé leur propagande négationniste et arménophobe.

Sur le plan des réparations liées au génocide des Arméniens, l'affaire des assurances arméniennes d'AXA a été un véritable fiasco démocratique, au cours duquel nous avons pu voir les divers médias et associations Tashnag ou affiliés se partager de manière quasi-occulte et discrétionnaire l'argent des victimes du génocide des Arméniens.

Quels remèdes apporter à cette régression infernale de la cause arménienne et de la démocratie due aux agissements de la FRA Tashnagtsoutioun?

Nous n'appelons pas, comme le font certains, à la création en diaspora de nouvelles officines d'obédience Tashnag, qui viendraient, au nom de "l'unité", remplacer les précédentes avec des simulacres de discussions anatomiques sur l'organisation interne de structures prétendument représentatives, leur processus de fonctionnement, etc. Ce sont justement ces simagrées qui ralentissent l'action collective arménienne. Et il existe déjà suffisamment d'organisations arméniennes.

Nous n'appelons pas non plus à des canulars d'élections en diaspora qui serviraient de nouveau les intérêts de l'hégémonisme maladif des Tashnag et de leurs nombreuses émanations aux noms divers et variés, qui prétendent forger l'unité de la diaspora... Or cette unité proclamée par le cercle Tashnag et ses multiples organisations sœurs se résume en réalité à l'hégémonie des Tashnag.

Seuls des médias transparents et entièrement indépendants apporteront à la diaspora arménienne l'information qu'elle mérite.

Nous croyons en une diaspora arménienne libre de toutes entraves idéologiques ou électoralistes, indépendante des partis politiques, consciente à la fois des enjeux démocratiques, sociaux et économiques de l'Arménie et de l'Artsakh, consciente de la reconnaissance nécessaire du génocide par une Turquie et un Azerbaïdjan démocratisés.

Cette nouvelle diaspora a les moyens de dépasser tous ces clivages artificiels entretenus depuis des décennies, et de faire entendre en France, aux Etats-Unis et dans le monde, la cause arménienne non falsifiée.