Les anti-Kardashian au pays de Twitter

Alexandre Kebabdjian . Publié le 10 octobre 2016

Les médias puisent comme dans une poubelle dans le réseau social Twitter, outil démocratique et arbitraire d’écriture bruyante, où les idées ne mûrissent pas, mais se partagent massivement sans contrôle.

En étant à la portée de n'importe qui, Twitter donne une trop grande publicité aux rumeurs, insultes, messages racistes, diffamations. Or des journalistes et certains «humoristes» s'en servent comme d’une matière première dans le web, les émissions de télévision et les sketchs.

L’affaire de l’agression de Kim Kardashian dans un hôtel parisien dans la nuit du 2 au 3 octobre a été exploitée de manière bassement comique et haineuse. Au lieu d’un développement des informations relatives à l’enquête et aux faits, certains journalistes, complices du déferlement haineux-twitteux contre Kim Kardashian, ont voulu jouer la carte de l’humour potache, de la haine partagée, du mépris de la victime et de la glorification des agresseurs.

Ils ont fouillé dans les entrailles de Twitter, cette entreprise américaine, pour y dénicher les pires commentaires massivement partagés. Le tweet serait-il le nouvel étalon-valeur de l’information?

Nous nous intéresserons ici aux principales catégories de journalistes et animateurs - appelons-les «recycleurs de tweets» -, qui se sont bassement illustrés dans cette affaire Kardashian.

Les humoristrions, ces humoristes sans talent qui décochent leurs flèches contre les stars et la télé réalité.

Les bobos de l’humour, faux impertinents dont les épigrammes et les billets d’humour flattent la croupe de leurs amis politiques et raillent les stars.

Les «je-m’en-foutiste» du journalisme, grandes gueules qui ont leur mot à dire sur un phénomène de mode qu’ils abhorrent.

Sans les nommer, nous pouvons reconnaître que ces journalistes et animateurs, dans leur balourdise, ont promu l’entreprise Twitter, qui n’a jamais eu vocation à faire de l’information de fond, tant ses tweets, qui mettent tout le monde au même niveau, participent du nivellement vers le bas et de l’idiocratie.

Ils n’ont pas laissé de répit à Kim Kardashian, croyant l'achever. Cette pénible orchestration a cherché dans l'attaque à tromper l'ennui du public pour une actualité locale inintéressante.

Ces quelques «cas» de journalistes et humoristes, qui ont plongé aveuglément dans le bourbier tweeteux, pour en ressortir, dans le meilleur (ou le pire) des cas, plus sarcastiques que jamais, ont révélé les limites de l’esprit critique français de l’après-Charlie.

Ce déferlement vulgaire a manqué son coup. C’était non seulement mauvais, mais d’une veulerie sans vergogne, et il n’était pas possible d’être moins crédible au niveau des sources: rumeurs, blagues sexistes et moqueries autour du patronyme.

La meute de ces fripouilles de l'info et de l'intox a ignoré que derrière le personnage public de Kim Kardashian et son patronyme se cachait un être humain, assez héroïque pour publier en septembre 2016 une page entière dans le New York Times sur le génocide des Arméniens, en réponse au négationnisme de la Turquie qu’avait diffusé le Wall Street Journal.

Je partage ici l’analyse de Sophie Fontanel publié par nouvelobs.com (Chère Kim... La lettre ouverte à Kim Kardashian de Sophie Fontanel), qui se situe dans la droite ligne du courrier que j’adressais le 6 octobre à quelques journalistes et animateurs, dans lequel je parlais de ces sarcasmes, de ce manque d’empathie et de cette ignorance (feinte?) du combat de Kim Kardashian pour la mémoire des siens. Tous ces détracteurs se sont bien gardés d'évoquer cet aspect-là de sa personnalité.

On s'est moqué de sa richesse comme si celle de tous les autres était vertueuse.